
La nouvelle m'avait séché. Grand admirateur du bonhomme, découvert grâce à l'excellent film de Terry Gilliam, j'étais écoeuré : plus jamais je ne pourrai découvrir de nouveaux textes de ce grand malade de Dr Gonzo... Fear & Loathing in Las Vegas m'a fait bander comme jamais. The Great Shark Hunt m'a plongé avec délectation dans la folie de la campagne de 72, en plein Watergate. Rhum Diary m'a ennivré. Gonzo Highway permet de retracer le parcours de ce journaliste fou à travers lettres et télégrammes...
Mais c'est de Hell's Angels dont je vais vous parler. Pourquoi ? Parce que c'est un bouquin qui m'a marqué. Je l'ai lu trois fois. Et je le relirai encore. Il agit sur moi comme une machine à voyager dans le temps. Je me vois dans les bottes d'Hunter, je m'imagine à San Francisco, humant l'air du flower power, du psychédélisme naissant, juste avant le vietnam, juste après l'arrivée des Beatles, cette putain de deuxième moitié des sixties, les mecs...! Tous mes groupes de rock fétiches ont débuté pile poil à cet instant. Tous ! Comment ne pas vouloir toucher du doigt cette période fantastiquement créatrice ?
Et Hunter créa le journalisme Gonzo. Un journalisme subjectif. Au coeur de l'action, on raconte ce qu'on ressent. Et peu importe si on a ingurgité des quantités phénoménales d'alcools ou de stupéfiants...
L'intérêt c'est de proposer une réflexion au spectateur, pardon, au lecteur.

Une galerie de portraits inconoclastes passe devant nos yeux : Sonny Barger, Frenchy, Terry le clodo, Minus, Magoo et bien d'autres...Tous ont leurs histoires, anecdotes et citations. C'est un florilège et je ne résiste pas au plaisir de lâcher quelques phrases :
« Nous, mon pote, on est des irréductibles. Dans une Amérique conditionnée à quatre-vingt-dix-neuf pour cent, on est les un pour cent d'irréductibles inconditionnables, et on crache dans leur soupe. Alors, mon pote, viens pas me parler Sécu et contredanses parce que, laisse-moi te dire, tu prends ta femme, ton banjo, ta bécane et tu te tires. On a eu cent fois à se battre, et on s'en est toujours tiré à coups de poings et de botte. Laisse-moi te dire, mon pote, que sur la route, on est les rois. »


Hunter détaille également les rapports des Angels avec les autres bandes. Car il n'y avait pas que les Hell's Angels. La Californie avait également droit à ses Satan's Slaves, Gypsy Jokers, Commancheros et autres Booze Fighters...Des bandes toutes aussi redoutables mais moins importantes par le nombre. Une hiérarchie de la sauvagerie, en somme.
Pourtant ces motards sauvages fascinaient le public car, comme le dit Hunter, « les rues de toutes les villes sont pavées de mecs qui donneraient tout l'or du monde pour se métamorphoser, ne serait-ce qu'un jour, en brutes chevelues et ravageuses, affrontant les flics, extorquant des verres aux barmen terrifiés et quittant la ville à pleins gaz après avoir violé la fille du banquier ».
Evidemment, beaucoup de fausses informations - notamment les viols en pagaille - circuleront à cause de la presse, gavant ainsi la poule aux oeufs d'or. Hunter dénonce cette manipulation du quatrième pouvoir américain en comparant les différents points de vue des protagonistes et en redressant quelque peu des « vérités » bien tordues.

« Ouais, j'suis peut-être un perdant...Mais t'as devant toi un perdant qui va foutre une sacrée merde avant de quitter cette terre. ».
Mr BOF
Merci pour ce rappel sur ce livre digne d'intérêt.
RépondreSupprimerQuelqu'un a t-il lu la biographie de l'auteur sortie l'an dernier ?
Tu fais référence à la BD sortie sous le titre "Gonzo: A Graphic Biography of Hunter S. Thompson " ?
RépondreSupprimerPas lue pour ma part.
Sinon y a aussi le documentaire "Gonzo: The Life and Work of Dr.Hunter S.Thompson".
La voix off est de Johnny Depp, c'est un docu intéressant.
Non je crois qu'il parle de "Journaliste et hors-la-loi" de William McKeen qui est sorti l'an passé.
RépondreSupprimerIl s'agit je crois de la première bio en français sur le maître du gonzo.
Pas lu pour ma part mais c'est dans ma "whishlist" ...
Frank
Ah oui exact ! Non je l'ai pas lu non plus (mais ça ne saurait tarder).
RépondreSupprimerDu coup j'ai mis la main sur un film de 1980, peu connu, retraçant la vie de journaliste d'Hunter : "Where the buffalo roam" avec Bill Murray. J'ai regardé quelques images, ça fait bizarre de voir Bill Murray tout droit sorti de Las Vegas Parano 18 ans avant que le film ne sorte......